AV sur IP en 2026 : faut-il basculer en IPMX, et que faire en attendant ?

La norme qui devait réconcilier le broadcast et l’audiovisuel d’entreprise existe désormais pour de bon. Reste qu’aucun des soixante-deux produits certifiés n’est un matériel que l’on loue pour un séminaire : voici ce qui fonctionne réellement aujourd’hui, entre SDI, NDI et réseau managé.

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Depuis le début de l’année, les annonces se succèdent : soixante-deux produits certifiés IPMX, un lancement officiel à l’ISE de Barcelone, des tests d’interopérabilité conduits au siège de l’Union européenne de radiodiffusion. La norme qui devait réconcilier le broadcast et l’audiovisuel d’entreprise existe désormais pour de bon, et la question arrive naturellement dans les échanges : faut-il basculer ?

Notre réponse, en septembre 2026, est non — et ce n’est pas du conservatisme. Aucun des soixante-deux produits certifiés n’est un matériel que l’on loue pour un séminaire : ce sont des cartes, des gateways et des processeurs destinés à des installations fixes, signés Matrox, Evertz, intoPIX ou Cobalt. L’IPMX se construit pour l’instant du côté de l’intégration, pas de l’événementiel itinérant, et un prestataire qui vous proposerait aujourd’hui une plénière « en IPMX » vous vendrait une étiquette plutôt qu’une architecture.

Cela ne rend pas le sujet théorique, au contraire. La vidéo circule déjà sur les réseaux de vos événements, par d’autres chemins, et ce sont ces chemins-là qu’il faut comprendre pour dimensionner correctement : ce qui reste en SDI parce que rien ne le remplace, ce qui passe en NDI parce que le réseau existe déjà, et ce qu’un switch mal choisi suffit à faire tomber. Cet article fait ce tri, en expliquant au passage ce que l’IPMX apportera réellement le jour où il descendra jusqu’à nous.

L’essentiel

L’IPMX est un profil de normes existantes — SMPTE ST 2110 pour le transport, AES67 pour l’audio, NMOS pour la découverte et le contrôle — assoupli pour le monde professionnel non broadcast : la synchronisation PTP y devient optionnelle, la compression JPEG XS fait passer du 4Kp60 en 4:4:4 sur du cuivre à 1 ou 2,5 Gb/s avec une latence inférieure à la milliseconde, le HDCP est géré nativement et la négociation de format se fait par NMOS IS-11, à la manière d’un EDID sur IP. Soixante-deux produits étaient certifiés au 1ᵉʳ septembre 2026, tous du côté de l’intégration fixe. En événementiel, la répartition qui fonctionne aujourd’hui reste le SDI pour le cœur de régie, le NDI pour les flux qui doivent emprunter un réseau déjà là, et un switch managé dès que l’on met de la vidéo sur un LAN partagé.

Ce que l’IPMX règle, et pourquoi cela a mis dix ans

Pour comprendre l’intérêt de la norme, il faut voir ce qu’elle corrige. Le ST 2110, conçu pour les régies de télévision, impose une horloge PTP distribuée sur tout le réseau, un maître de synchronisation, une infrastructure 10, 25 ou 100 Gb/s pour du non compressé, et une ingénierie réseau qui n’a de sens que dans une installation permanente. Transposé dans une salle d’hôtel pour trois jours, ce modèle est ingérable, et c’est la raison pour laquelle le broadcast sur IP n’a jamais franchi la porte de l’événementiel.

L’IPMX desserre précisément ces contraintes. Le fonctionnement asynchrone devient possible, ce qui supprime le besoin d’un maître PTP dédié et permet de travailler sur une infrastructure informatique ordinaire. La compression JPEG XS, visuellement sans perte, ramène un flux 4Kp60 dans le gigabit cuivre au lieu d’exiger du 10 Gb/s, avec une latence qui reste sous la milliseconde — autrement dit invisible, là où un encodage classique ajoute plusieurs images. Le HDCP, enfin, résout un problème très concret que le broadcast ignore mais que l’événementiel rencontre chaque semaine : la source protégée qu’un intervenant apporte sur son ordinateur.

Reste que certifier une norme et l’avoir dans un flight case sont deux choses différentes. Les huit fabricants dont les produits ont été certifiés fin août à Genève travaillent sur des briques d’infrastructure ; le premier mélangeur événementiel, la première caméra de plateau et le premier écran de scène nativement IPMX ne sont pas encore au catalogue des loueurs, y compris le nôtre.

Le SDI ne recule pas, et il y a de bonnes raisons à cela

Le cœur d’une régie événementielle reste coaxial, et cette permanence s’explique par trois qualités que l’IP n’a toujours pas rattrapées. Un câble SDI transporte l’image sans compression ni latence mesurable, il n’exige aucune configuration — on branche, ça passe —, et il tombe en panne d’une manière lisible : soit le signal est là, soit il ne l’est pas, là où un réseau saturé produit des symptômes intermittents que l’on diagnostique mal sous la pression du direct.

À cela s’ajoute la question des distances, qui est le vrai sujet en événementiel. Le 12G-SDI tient une cinquantaine de mètres sur un coaxial de qualité, ce qui couvre la majorité des salles ; au-delà, on convertit en fibre et l’on repart pour plusieurs centaines de mètres sans dégradation, ce qui correspond à une caméra en fond de salle des congrès ou à un plateau installé dans un autre bâtiment. C’est mécanique, prévisible, et cela ne dépend de la configuration de personne.

Le SDI a naturellement ses limites, et la principale est qu’un câble transporte un signal : à dix sources, on tire dix câbles, et la régie devient un massif de coaxiaux qu’il faut monter, repérer et démonter. C’est précisément là que l’IP devient séduisante, puisqu’un réseau transporte tout sur le même brin — à condition que ce brin soit correctement dimensionné, ce qui nous amène au point suivant.

Le NDI, l’IP qui marche déjà en événementiel

En attendant que l’IPMX descende jusqu’au matériel de location, la vidéo sur IP existe bel et bien dans nos dispositifs, et elle s’appelle NDI. Sa logique est inverse de celle du ST 2110 : plutôt que d’exiger un réseau dédié, elle s’accommode d’un réseau gigabit ordinaire, se découvre toute seule, et compresse suffisamment pour tenir dans la bande passante disponible. Un flux NDI complet en 1080p60 se situe dans une fourchette de cent vingt-cinq à cent cinquante mégabits par seconde, à comparer aux quelque trois gigabits qu’exigerait le même signal non compressé.

Cette souplesse a un prix qu’il faut connaître avant de s’engager. La latence se compte en images plutôt qu’en lignes, ce qui interdit le NDI sur un retour de scène où un intervenant se voit à l’écran, mais ne gêne nullement un envoi vers un encodeur de diffusion. La qualité dépend du débit réellement disponible, donc de ce que fait le reste du réseau. Et surtout, le NDI s’appuie sur du multicast, ce qui le rend dépendant du switch d’une manière que peu d’organisateurs anticipent.

Le calcul se fait en amont plutôt que sur place : notre calculateur de bande passante NDI donne le débit cumulé d’un dispositif selon le nombre de flux, la résolution et la cadence, et c’est la première chose à faire avant de promettre à un client que « tout passera sur le réseau de la salle ».

Le switch est le point de rupture, et c’est celui qu’on néglige

Voici l’erreur que nous voyons le plus souvent, et elle ne coûte pas cher à éviter. Un flux vidéo sur IP s’adresse à plusieurs destinataires simultanément, ce qui relève du multicast : sans gestion appropriée, le switch se comporte comme s’il s’agissait de broadcast et recopie chaque flux sur tous ses ports, y compris ceux qui n’en veulent pas. Le réseau s’effondre alors non pas parce qu’il manque de débit, mais parce qu’il fait dix fois le travail nécessaire.

Un switch managé règle cela avec deux mécanismes : l’IGMP snooping, qui n’envoie un flux qu’aux ports qui l’ont demandé, et un requêteur IGMP, qui doit exister quelque part sur le réseau puisque aucun routeur ne le fournit dans une installation temporaire. À cela s’ajoutent la qualité de service, qui donne la priorité à l’audio et à la vidéo sur le reste, et le VLAN, qui sépare les flux de production du réseau invité de l’hôtel. Un switch non managé ne fait rien de tout cela, et il n’est à sa place que sur un segment isolé de quelques appareils, jamais comme colonne vertébrale d’un dispositif.

Quant au câblage, il obéit à une règle simple : de la catégorie 6a au minimum, du 7 de préférence, en touret plutôt qu’en rallonges bricolées, et surtout jamais le réseau de la salle pour la production. Le Wi-Fi de l’hôtel et le réseau des bornes de badge n’ont pas à croiser vos flux vidéo, et lorsque aucune infrastructure exploitable n’existe sur place, l’agrégation cellulaire reste préférable à un réseau partagé dont personne ne peut vous garantir l’état à quinze heures.

Trois architectures, trois usages

Tout SDI. Trois caméras, un mélangeur, deux écrans de scène et un enregistrement : c’est la configuration la plus courante et il n’y a aucune raison d’y mettre du réseau. La régie Sony XVS-G1 ou la Blackmagic Constellation reçoivent les sources en direct, la sortie programme part en 12G vers la projection, la latence est nulle et le montage tient en une heure.

SDI au cœur, IP en périphérie. Même plateau, mais il faut alimenter un webcast, une salle de débordement et un enregistrement dans un autre local. Le cœur reste coaxial, et les destinations secondaires reçoivent du NDI sur un réseau dédié avec switch managé, ou un flux encodé vers la plateforme de diffusion. C’est le schéma le plus fréquent dès qu’un événement a une audience à distance.

Production légère sur réseau. Deux ou trois caméras PTZ, des sources d’ordinateur, un mélangeur logiciel : le NDI prend ici tout son sens, puisque les caméras le parlent nativement et qu’un seul câble réseau porte image, contrôle et alimentation. La régie vMix pilotée par un panneau Skaarhoj correspond à ce cas de figure, avec les mêmes précautions réseau que ci-dessus — et avec la même contrainte de latence, qui interdit le retour de scène.

Ce qu’il faut surveiller, et à quel moment décider

L’IPMX deviendra pertinent pour la location le jour où trois conditions seront réunies, et il est plus utile de les surveiller que de suivre le décompte des certifications. La première est l’apparition de matériel d’exploitation certifié — mélangeurs, caméras, écrans —, et non plus seulement de briques d’infrastructure. La deuxième est la certification effective de l’extension USB pour les flux KVM, encore en cours, qui permettrait de faire voyager la source d’un intervenant comme le reste. La troisième est plus prosaïque : que le parc installé chez nos clients et dans les lieux le supporte, car un dispositif itinérant ne peut pas être en avance de cinq ans sur les salles qu’il visite.

D’ici là, la bonne pratique consiste à ne pas se peindre dans un coin. Un dispositif conçu autour de sources SDI et d’un réseau managé propre migrera sans douleur le jour venu, parce que les convertisseurs feront le pont ; un dispositif bâti sur un écosystème propriétaire fermé, beaucoup moins. C’est le même raisonnement que celui que nous tenions à propos des fréquences HF : anticiper sans acheter la promesse.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’IPMX exactement ?

C’est un profil de normes existantes plutôt qu’une norme nouvelle : il reprend SMPTE ST 2110 pour le transport vidéo et audio, AES67 pour l’audio, ST 2059 pour la synchronisation et les spécifications AMWA NMOS pour la découverte et le contrôle, puis les assouplit pour des environnements professionnels non broadcast. Les différences pratiques tiennent au PTP devenu optionnel, à la compression JPEG XS, à la gestion native du HDCP et à la négociation automatique de format par NMOS IS-11.

Combien de produits IPMX sont réellement disponibles ?

Soixante-deux au 1ᵉʳ septembre 2026 : quarante-huit certifiés lors de la session de janvier, annoncés à l’ISE de Barcelone le 4 février, puis quatorze de plus testés du 24 au 28 août au siège de l’Union européenne de radiodiffusion à Genève. Tous proviennent de fabricants d’infrastructure — Matrox, Evertz, intoPIX, Cobalt, Bridge Technologies, Macnica et quelques autres. Aucun n’est un matériel d’exploitation que l’on loue à la semaine.

Faut-il renoncer au SDI pour passer à l’IP ?

Non, et probablement pas avant plusieurs années en événementiel. Le SDI transporte l’image sans compression ni latence mesurable, ne demande aucune configuration, et se diagnostique instantanément, ce qui compte beaucoup en direct. Le passage à l’IP se justifie quand le nombre de sources rend le câblage déraisonnable, ou quand des destinations éloignées doivent recevoir les flux ; il se fait alors en périphérie d’un cœur qui reste coaxial.

Quelle est la différence entre NDI et IPMX ?

Le NDI est un écosystème propriétaire pensé pour fonctionner sur un réseau gigabit ordinaire, avec découverte automatique et compression notable : il est disponible aujourd’hui, dans du matériel que l’on loue, au prix d’une latence de quelques images. L’IPMX vise l’interopérabilité entre fabricants sur la base de normes ouvertes et une latence sous la milliseconde, mais reste pour l’instant confiné à l’intégration fixe. Les deux ne s’opposent pas : ils ne répondent pas à la même question au même moment.

Quel débit prévoir pour un dispositif NDI ?

Un flux NDI complet en 1080p60 se situe dans une fourchette de cent vingt-cinq à cent cinquante mégabits par seconde, contre environ trois gigabits pour le même signal non compressé. Ces valeurs dépendent du contenu et de l’encodeur, et se cumulent par flux : six caméras approchent le gigabit, ce qui ne laisse plus de marge sur un réseau gigabit partagé. Notre calculateur de bande passante NDI permet de faire ce calcul avant de s’engager auprès du client.

Peut-on utiliser le réseau de la salle pour la vidéo ?

C’est fortement déconseillé. Le réseau d’un hôtel ou d’un centre de congrès est partagé avec le Wi-Fi des participants et les services de l’établissement, sans priorité de trafic ni gestion du multicast, et son état à l’heure de la plénière ne peut être garanti par personne. La production se conçoit sur un réseau dédié, avec un switch managé apte à l’IGMP snooping et un câblage en catégorie 6a ou 7 ; en l’absence d’infrastructure exploitable, l’agrégation cellulaire reste plus sûre.

Sources

Un dispositif à arbitrer entre SDI et IP ?

Nous partons du nombre de sources, des distances réelles et des destinations à alimenter avant de décider ce qui reste coaxial et ce qui passe sur le réseau, switch managé compris. Location sèche depuis nos entrepôts de Bagneux, assistance technique en option sur devis.

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